Instit' en campagne

La grammaire de l’insulte

En classe, travail sur les ardoises à lever quand la maîtresse demande une réponse, vous vous rappelez (procédé La Martinière pour les initiés) ?

« Ecrivez un nom masculin singulier »

Sans savoir pourquoi j’ai « frelon », « bourdon » … Bon  d’accord y’en a 2 qui aiment les pollinisateurs. Et je continue:

« Ecrivez un nom féminin pluriel »

Je regarde j’ai « abeilles », « guêpes », « reines »…

Oula aujourd’hui ils sont branchés Maya l’abeille, et on dirait bien que je n’ai pas parlé trop vite:

« Ecrivez un nom propre féminin »

Et là… « Maya l’abeille ». Je commence à me dire que les p’tits malins de la classe se sont passés le mot. Je regarde un de mes élèves (le leader négatif de la classe) qui baisse la tête et qui les larmes aux yeux ne participe plus à l’exercice. Je regarde son pull: jaune et noir à rayures! La petite bande s’était littéralement liguée contre lui dans une activité de grammaire… Oh les fourbes! Alors là, vous n’imaginez pas la chasse que je leur ai passé à la fin du cour.

Juste avant d’aller à la cantine, je prends l’élève à part:

« -J’ai bien compris ce qui s’est passé tout à l’heure en grammaire. Ils n’avaient pas à faire ça. C’est inacceptable. Ils ont été sanctionné. Tu te sens comment maintenant?

(il pleure) Ben j’ai mal dans le ventre et… dans le cœur.

-Tu vois quand tu es méchant avec tes camarades ou quand tu dis devant toute la classe que tu n’aimes pas la maîtresse (oui oui c’est bien de moi qu’il s’agit… L’éducation. Merci les parents!) et bien on se sent pareil. Ce n’est pas agréable n’est-ce pas?

-Mouai…

-Alors j’espère que cet après midi, juste pour leur rabattre leur caquet, tu vas quand même revenir avec ce pull. Tu vas leur montrer que tu t’habilles comme tu veux et qu’ils n’ont rien à dire sur cela.

Pendant le temps de midi, l’élève était rentré chez lui. Franchement, j’étais persuadée qu’il allait changer de pull. Et bien non! Il est revenu avec. Dans le rang à coté de moi, il me regarde d’un œil fier mais toujours tremblant. Je descends d’1 cm la fermeture éclaire de sa veste, je vois le sacro saint pull Maya. On se regarde, se sourit. Le petit leader négatif est devenu un peu mon allié dans la gestion des bavardages depuis son humiliation. Parfois, il faut être humilié pour ne plus humilier…

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Instit' en campagne

Le bureau des plaintes n°1

Attention, bien souvent mes jeunes élèves sont très TRÈS méchants entre eux. Mais ceux de mes collègues  encore plus jeunes sont déjà bien initiés de ce coté là. Ils sont sans foi ni loi. Un jour tu es mon meilleur copain et on se passe des mots en classe, j’t’invite chez moi, j’te file des bons becs,  et le lendemain je t’insulte parce que tu as des baskets couleurs « bouses de vaches ».

Ce CM (vraiment une crème le gosse) rentre dans le couloir de la classe emmitouflé, caché sous bonnet, capuche, cagoule et j’en passe et le tout en pleurant.

« -Mais qu’est-ce qu’il se passe?

-Y’a Kiki et Coco qui m’ont dit que j’avais une tête en forme de cul de moine. »

Je vous pose une question simple: Comment dans ces moments là arriver à ne pas esquisser un léger sourire (si ce n’est un fou rire intérieur!) ?  Et quand je dois faire venir le Kiki et Coco pour s’excuser auprès de l’élève et leur demander ce qu’ils ont bien pu lui dire pour le mettre dans un état comme ça, et que les 2 me disent:

« -On lui a dit qu’il avait une face de moine chauve ».

 

Parfois, il faut c’est dur de garder le « masque » de sérieux…